(116) Retour en France (suite). Les lacs Amers. Ismaïlia.
Les berges s’éloignent alors, et pendant longtemps on ne voit que cette vaste nappe d’eau que l’on nomme les lacs Amers, à cause sans doute des couches énormes de sel que l’on trouve sur leurs bords. Ces lacs, déjà creusés à peu près à la profondeur voulue et n’ayant par conséquent nécessité que peu de travaux, ont avancé considérablement le percement de l’isthme. Dans ces eaux déjà plus flottantes que celles du canal, j’ai vu beaucoup de poissons, et sur les rives des échassiers de l’espèce des flamands roses et des ibis qui ne paraissaient pas du tout effarouchés de voir le navire passer près d’eux.
Ces grands lacs traversés, les poteaux kilométriques élevés sur le rivage nous indiquent le voisinage d’Ismaïlia, ville naissante encore mais dont la position au bord du lac et à égale distance de Suez et de la Méditerranée font déjà le rendez-vous des Arabes et le grand marché du pays. De plus cette ville est près du canal d’eau douce, de sorte qu’il y a toute raison pour que le monde y afflue de tous côtés.
Pour la première fois depuis Chalouf nous apercevons de vraies maisons et des êtres humains ; mais grand Dieu, quel mélange bizarre de masures indigènes et de bâtisses à l’européenne, de costumes arabes et de costumes occidentaux ! Le rivage est bientôt couvert d’une nuée d’Arabes déguenillés, qui viennent à nous les uns avec leurs chameaux chargés d’outres pleines d’eau, les autres avec des fruits que je reconnais pour être des figues, des dattes et des oranges. Cette ville, quoique placée au centre du désert, n’a pas l’aspect désolé des méchants gourbis que nous avons pu rencontrer. Ses rues sont passablement alignées et propres, bordées quelques-unes par des jardins verdoyants et plantées de beaux arbres à fruits tels que dattiers, cocotiers et figuiers, dans le feuillage desquels gazouillent quelques-uns de nos petits oiseaux d’Europe. Cette verdure que l’on n’est pas habitués à voir sur ces plages brûlantes, qui la produit si ce n’est l’eau du Nil, ce beau fleuve qui fertilise l’Égypte partout où il passe et devant lequel les Arabes reconnaissants se prosternent comme devant Allah ? Sans lui, cette grande ville serait comme toutes celles du désert brûlée par la soif et couverte de poussière, tandis qu’au contraire elle est pleine d’ombre et de fraîcheur.
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