(045) Rocs bizarres, bancs de sable. Séjour à Aden. (du 30 mars au 5 avril)

Au levé de l’aurore, nous revoyons pour la troisième fois depuis Suez les côtes de l’Arabie. Ces côtes sauvages, que nous côtoyons d’assez près, sont bordées de rochers qui attirent singulièrement mon attention. La nature, si bizarre dans ses créations, s’est plu à les faire ici d’un pittoresque achevé. Tantôt vous avez devant vous comme des rocs artificiels, des pierres druidiques et comme un amas d’importantes ruines, tantôt des pics effilés comme les flèches d’une église, et tantôt une longue dentelure qui semble faite au ciseau. Avant d’arriver dans la rade d’Aden, ces montagnes disparaissent et il ne reste plus qu’un immense désert qui s’étend bien loin au-delà de la ville d’Aden.
Nous entrons vers 5 heures du soir, mais comme cette rade est peu sûre à cause des bas-fonds et des sables qui l’encombrent, il nous faut faire usage de la sonde, précaution un peu tardive car nous restons presque aussitôt échoués sur un banc où l’on a mesuré seulement 3 mètres d’eau. On fait alors machine en arrière et tous les efforts possibles pour se retirer de là ; mais au bout de quelques instants le commandant, voyant qu’on n’arrivait à aucun résultat, décide qu’à la mer montante on recommencera pour aller mouiller dans un autre endroit.
À minuit donc on se remet à l’œuvre. Savez-vous quel moyen on a employé pour faire virer plus vite le navire ? Je vous le donne en mille, à vous qui n’êtes pas marin ! Tout ce qu’il y avait de troupe s’est porté sur le côté du navire qui n’avait pas touché et, à un signal donné, tout le monde s’est mis à sauter ensemble comme de véritables fous. Le bâtiment, alors soulevé par le poids de cette multitude enragée, a viré tout seul et s’est dégagé, de sorte que nous avons été mouiller tout près du quai au milieu de quelques vaisseaux, anglais pour la plupart.
Le matin je continue mes observations de la veille en face de ce désert de sable couvert de jungles desséchées qui s’étendent à notre droite, je vois l’horizon borné par de hautes montagnes brûlées par le soleil.

Commentaires

Articles les plus consultés