(098) Les Annamites (suite). Vieilles coutumes.

Si vous voulez être bien vu des Annamites quand vous allez chez eux, c’est de prendre part à leurs repas et de ne montrer aucun dégoût. Quand à la fin ils vous passent la boîte à bétel et le pot de chaux, il faut faire semblant de chiquer en mettant simplement une feuille de bétel dans sa bouche : c’est la plus grande marque d’estime que vous puissiez leur rendre. Si vous avez l’habitude de laisser pousser vos ongles comme eux (qui les ont si longs qu’ils deviennent jaunâtres et racornis comme des griffes d’aigle), si lorsque vous embrassez quelqu’un vous reniflez fortement, vous pourrez vous dire d’avance l’ami de la maison.
Chez ce peuple on ne dit ni bonjour ni bonsoir, ce n’est pas l’habitude ; mais quand son hôte veut s’en aller, il le retient le plus longtemps possible et l’invite à revenir en lui disant qu’il sera toujours bien reçu.
Êtes-vous aussi l’ami de la maison, on ne saura quoi faire pour vous faire plaisir ; à ce point que les vieux parents vous demanderont un jour si vous avez une femme et, dans leur enthousiasme, diront qu’il y a dans le voisinage une belle fille qui ne demanderait pas mieux que de vivre avec vous. Cette belle fille — qui n’est autre que leur enfant — ils vous la pousseront dans les bras et vous la proposeront à meilleur marché qu’à tout autre ; car sachez-le bien, ici les femmes s’achètent comme toute espèce de marchandise. Une fille honnête, jeune et jolie vaut de 25 à 30 piastres, et bien souvent on en a pour la moitié moins.
L’Annamite se laisse tenter par bien peu de choses, et aussitôt qu’il voit reluire dix ou quinze pièces blanches il est ébloui : c’est toute une richesse pour ce pauvre diable, et il donnerait tout pour avoir cet argent. C’est pour cela que les marchés de cette espèce ne sont jamais longs à se conclure. Quant aux autres femmes, on les a presque pour rien, de sorte que ça ne vaut pas la peine de s’en passer.

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