(012) Messe à bord. Temps affreux. (23 février)

Aujourd’hui dimanche, le temps est un peu moins mauvais, je veux dire que l’eau ne tombe pas continuellement comme hier. Quoique la brise soit toujours forte, un évêque de la Chine, Mgr Canoz, se hasarde à dire la messe sur le pont. L’aumônier et un missionnaire lui servent d’assistants ; les officiers de terre et de mer sont là dans leur plus bel uniforme, entourés de leurs matelots et de leurs soldats, endimanchés le mieux possible. Tout le monde est tête nue, dans un silence que l’isolement au milieu de l’océan et le grondement sourd des flots contribue à rendre plus solennel encore.
L’après-midi le grain d’hier recommence, aussi avons-nous le même ennui et la même existence monotone. Vers 10 heures du soir un très bon vent souffle, on met toutes les voiles dehors ; de sorte que, la vapeur aidant, nous filons douze nœuds à l’heure. Ce qu’il y a de fâcheux c’est que la mer est excessivement houleuse, car de la batterie où nous sommes nous entendons les vagues déferler sur le pont. Par malheur, elles s’introduisent par les sabords ouverts et inondent tous ceux qui sont couchés sur le plancher. Le roulis le plus effrayant fait danser le bateau comme une coque de noix, les hamacs, à force d’être balancés, se décrochent, les hommes roulent les uns sur les autres de tribord à bâbord, et tout ce qui n’est pas solidement attaché tombe avec fracas. C’est un tumulte indescriptible accompagné de vomissements et d’imprécations de toute espèce. 
Pour surcroît de misère, vers 4 heures quelque chose se détraque dans la machine et nous restons avec les voiles pour toute ressource. Toute la nuit la tempête continue, aussi voyons-nous poindre le jour avec satisfaction.

Image illustrative de l’article Alexis Canoz

Commentaires

Articles les plus consultés