(096) Les Annamites (suite). Habitations annamites.
Simples comme leur manière de vivre, leurs cases sont faites en bambou et recouvertes avec des feuilles de palmier ou de cocotier. Elles n’atteignent jamais plus de cinq mètres de haut et presque toujours sont bâties sur le bord des eaux, cachées derrière de grands arbres ou enfouies dans les brousses.
L’intérieur de ces cabanes, généralement sale et plein de vermine de toute sorte, est divisé par des cloisons de feuilles rassemblées et cousues ensemble avec des lanières en bambou. Pour tout mobilier, vous y voyez un ou deux lits de camp en planches très épaisses sur lesquelles sont étendues des nattes communes que l’on fabrique dans le pays. Le traversin (si traversin il y a) est de la grosseur et de la longueur d’une boîte à ouvrage, et fait de quatre forts morceaux de carton rembourré.
Quelques-uns de ces lits — car c’est un luxe dont les indigènes se passent bien — quelques-uns, dis-je, sont enveloppés d’une moustiquaire pour protéger le dormeur pendant la nuit contre les piqûres de moustiques. Pour les Européens surtout, cette tente transparente dans laquelle on s’enferme est de première nécessité, car dès la chute du jour les appartements sont infestés par des nuées de ces petites bêtes qui vous taquinent par leurs bourdonnements et vous empêchent de travailler et de dormir. Une ou deux seulement rentrées dans la moustiquaire suffisent pour que vous ne fermiez pas l’œil de toute la nuit.
Ensuite, vous voyez un grand coffre massif monté sur des roulettes, des bancs de bois et par hasard un escabeau en bambou. Au centre de la pièce, contre la cloison qui forme deux autres loges derrière, vous voyez une petite table, souvent sculptée, sur laquelle sont la boîte à bétel, l’arec et un pot de chambre rouge, un verre plein d’huile de coco dans lequel baigne une mèche allumée et, tout près, des baguettes odoriférantes qui brûlent en l’honneur de Bouddha. Au-dessus est collée une de ces longues gravures chinoises qui le représentent obèse, jovial, à barbe blanche et entouré de toute sa famille. Dans quelques maisons, vous voyez souvent aussi suspendues à la muraille des instruments de musique, des lances, des carquois du pays remplis de flèches empoisonnées.
La seconde partie de la maison est divisée en deux pièces. Dans la première est un hamac où se balance nonchalamment une femme qui allaite son marmot, puis une auge ronde où l’on pile chaque jour le riz nécessaire à la nourriture. Dans l’autre pièce se fait la cuisine. Un réchaud en terre cuite, très commode et très économique du reste (souvent même tout simplement quatre briques placées en regard l’une de l’autre), ferme le fourneau. La fumée s’en va par où elle peut, car on ne connaît pas les cheminées dans ce pays-ci. Un pot de grès, un plat en fer battu, une grande cuillère en bois qui n’est souvent faite qu’avec une noix de coco, des seaux pour puiser l’eau faits en tresses de bambous ou en feuilles d’arbres desséchées, des baguettes pour le repas, des pots de nuoc-mâm, une jarre ventrue pour l’eau, une autre plus petite pour l’huile de coco, quelques tasses en porcelaine commune pour manger le riz, d’autres microscopiques pour le thé, voilà toute la batterie de cuisine.
Commentaires
Enregistrer un commentaire