(108) Écoles.
Maintenant, disons quelques mots seulement sur l’instruction primaire en Cochinchine. À leur arrivée dans ces pays sauvages, les missionnaires européens trouvèrent qu’il était plus facile d’entrer en relations directes avec les indigènes en leur enseignant une langue morte que la langue vivante qu’ils parlaient eux-mêmes. Il se mirent donc résolument à l’œuvre, inculquèrent à quelques Annamites intelligents les premières notions du latin, et les envoyèrent continuer leurs études au collège de Poulo-Penang qui venait d’être fondé par des missionnaires de la même compagnie. D’autres élèves prirent le même chemin, de sorte que peu à peu la Cochinchine compta bon nombre d’habitants versés dans la langue latine. Voilà pourquoi à notre arrivée dans ce pays nous avons trouvé si à propos de bons interprètes. C’est une preuve que l’étude du latin est loin d’être à dédaigner.
Depuis lors le latin a certainement rendu encore de grands services mais, n’étant plus nécessaire que pour les élèves ecclésiastiques, il a été définitivement remplacé par la langue française.
Une école municipale a été ouverte. Des maîtres français très éclairés la dirigent et voient leurs cours suivis par une foule de Chinois et d’Annamites. L’enseignement est en tout semblable à celui de nos écoles primaires de France. C’est de cette école, ainsi que de celle des Frères de la doctrine chrétienne établie déjà depuis longtemps, que sortent chaque année les instituteurs que l’on envoie dans l’intérieur des provinces. Ceux d’entre ces maîtres indigènes qui aspirent à un brevet supérieur ou à des emplois plus élevés, entrent à l’école normale pour y subir d’autres examens plus sérieux encore. Bientôt donc, grâce à ces deux institutions, il y aura des instituteurs indigènes dans les plus petits villages, de sorte que notre langue et l’instruction primaire se trouveront peu à peu répandues.
Les écoles de filles, moins nécessaires que celles des garçons, sont aussi bien moins répandues. La seule école fréquentée que je connaisse est à Saïgon et est dirigée par les sœurs de la Sainte-Enfance. Il n’y a par ailleurs ni maîtresse de pension ni institutrice normale, ce serait pourtant bien à désirer tant pour les jeunes filles européennes que pour celles de la Colonie. Espérons que l’administration ne restera pas non plus en retard de ce côté-là.
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