(095) Les Annamites. Leur manière de vivre.
Quoique dans leur pays, les Annamites sont peu nombreux à Saïgon. Presque tous ceux qui habitaient cette ville, surtout les gens riches et les fonctionnaires de l’ancien gouvernement, se sont retirés dans l’intérieur pour être le moins possible en contact avec nous et avec les Chinois, qu’ils n’aiment guère non plus parce que ceux-ci leur ont fait la guerre autrefois et qu’ils sont supérieurs en tout encore aujourd’hui. On ne voit ainsi ici que ceux qui se sont convertis au catholicisme.
Tous pauvres ou à peu près, ils sont domestiques des Européens ou travaillent dans les arsenaux et sur les routes comme coolies et manœuvres. Vous n’en trouvez pas un d’établi à Saïgon, ils semblent faire fi de toute espèce de commerce. Insouciants et vivant au jour le jour, ils laissent inculte leur pays si productif par lui-même, leur pays qui n’aurait besoin ni d’engrais ni de grands soins, qui ne demande qu’à être débarrassé des jungles qui l’étouffent et labouré légèrement.
Pourvu qu’ils récoltent le riz nécessaire à leur nourriture, ça leur suffit ; avec deux poignées de cet aliment, qui remplace le pain ici comme dans tout l’Orient, avec du poisson, du piment, un peu de viande de porc quelquefois, des herbes et des fruits sauvages qu’ils recueillent le long des chemins, ils ont bientôt fait de satisfaire leur appétit. Pauvres enfants de la nature, ces modestes repas suffisent à tous leurs désirs, ils ne voient rien au-delà et n’ont aucune idée des raffinements de notre vie européenne. Certes ce n’est pas un malheur pour eux car ces raffinements coûtent bien cher et ne font que ramollir les âmes.
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