(070) Notre débarquement. Arrivée à la caserne.
La fanfare du régiment, venue pour nous faire les honneurs de l’arrivée, nous attendait sur la berge ; elle a joué pendant tout le temps que nous avons mis à débarquer. Il fallait voir toute cette foule accourue pour nous recevoir. Certes, tous avaient bien meilleure mine que nous, car les trois mois de traversée que nous venions de faire nous avaient rendus tant soit peu repoussants. Nous avions bien besoin d’être savonnés à plusieurs reprises pour être complètement débarrassés de la saleté qui nous couvrait des pieds à la tête. Nous avions la figure étirée et souffrante, nos vêtements usés et pleins de vermine, en un mot nous paraissions avoir toute la fatigue de troupiers qui viennent de faire une longue campagne.
Après avoir reconnu parmi tous ceux qui étaient là quelques amis et échangé deux ou trois paroles avec eux, nous sommes partis pour notre casernement. Arrivés à un endroit dit l’Avalanche, situé sur l’arroyo de ce nom à une distance déjà un peu éloignée de la ville, nous avons fait halte et on nous a assigné pour logement provisoire un local magnifique bâti exprès pour les expositions qui se renouvellent tous les cinq ans.
Une fois là, chacun s’installe du mieux qu’il peut et s’ingénue à trouver quelque chose pour se mettre sous la dent, car tout le monde a passablement faim ; donc, pendant que les uns courent au marché acheter des vivres, les autres sont à la recherche du bois, puis comme il n’y a ni cuisines ni fourneaux, creusent des trous dans la cour et empilent des briques les unes sur les autres pour allumer le feu et placer les marmites. On manque de tout ce qui est absolument nécessaire, mais le soldat est habitué à cela, il se débrouille comme on dit et ne s’inquiète guère des difficultés qu’il rencontre.
Quinze jours après notre arrivée nous reçûmes l’ordre de nous rendre à la véritable caserne, qui se nomme le camp des Lettrés et où se trouve la majeure partie des troupes. Là, nous commençâmes à faire du service. Au bout du premier ou du deuxième mois la plupart des gradés, voyant qu’il était assez pénible, comprenant d’ailleurs que notre capitaine, avec toutes ses tracasseries, nous nuirait plutôt qu’il ne servirait à notre avancement, nous fîmes des demandes de congé renouvelable pour entrer dans les diverses administrations de la Colonie. Tous les ans on permet ainsi à un certain nombre de soldats de quitter le corps pour choisir des places à leur goût.
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