(010) Les distractions du mouillage. (21 février)
Quoique sous le ciel d’Italie, il a plu cette nuit ; car le pont est humide et de gros nuages roulent encore menaçants sur les montagnes environnantes. De temps en temps il y a bien des éclaircies d’un soleil brûlant, mais ça ne dure pas, le ciel se rembrunit aussitôt et la brise devient irrégulièrement froide.
Comme hier, on n’aperçoit autour du bâtiment qu’une foule de barques de marchands plus ou moins déguenillés les uns que les autres. Superstitieux avant tout, vous voyez ceux-ci faire de grands signes de croix, réciter force Ave Maria, puis se décider à donner du raisin, des figues et des oranges en échange du quartier de biscuit qu’on leur jette. Ceux-là, malgré la plus active surveillance, trouvent le moyen de grimper à bord où, sous prétexte d’offrir des bagatelles, ils rôdent, volant tout ce qui se trouve à leur portée avec un aplomb sans pareil. Ils sont Italiens, c’est tout dire, et au lieu de dégénérer ne font que soutenir leur vieille réputation.
Le soir, pour oublier l’ordre qui nous consigne à bord, les plus gaillards se réunissent sur la dunette et organisent un concert dont les échos éveillent l’attention des Messinois, qui sont musiciens avant tout, et se répercutent sur les montagnes. On allait entamer un nouveau morceau quand la voix du chef de manœuvre se fait entendre pour aller virer le cabestan, ce qui indique que nous allons partir ce soir. En effet, vers 7 heures, nous nous remettons en route ; à cet instant il est déjà nuit noire, de sorte que nous n’apercevons bientôt plus les côtes.
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