(065) Île française de Poulo-Condore. Rochers bizarres. Nids d’hirondelles. (1, 2 et 3 mai)
Nous levons l’ancre à 9 heures du matin, et après avoir
longé pendant quelque temps la côte couverte de forêts, nous gagnons la pleine
mer ; la terre alors disparaît et, jusqu’au 3 mai, nous n’avons pour tout
spectacle que l’azur du ciel, le mugissement de l’onde, et notre maison
flottante qui se balance entre ces deux éléments.
Le 3 mai donc, vers 2 heures de l’après-midi, nous apercevons Poulo-Condore, groupe d’îles boisées presque partout et d’une altitude assez élevée. Ces îles sont les premières terres que nous possédions en Cochinchine. La plus grande forme une espèce de fer à cheval ; au fond de ce demi-cercle ou de cette baie naturelle, on a bâti un pénitencier où l’on expédie tous les malfaiteurs de la Colonie. Ce pénitencier est gardé par une compagnie d’infanterie de marine. Ce poste est un peu isolé, un peu loin de Saïgon, car la distance qui sépare cette ville de Poulo-Condore est bien encore de 50 à 60 lieues, mais c’est un poste où le soldat cependant se trouve à merveille.
Pour arriver dans cette baie, nous sommes passés entre la grande île et un énorme rocher. Il fallait un hardi marin comme le commandant Letourneur pour oser franchir ce passage, car les deux rives sont tellement rapprochées en cet endroit que l’on apercevait parfaitement messieurs les singes faire leurs évolutions sur les arbres du rivage ; en effet, la mer n’a pas là, j’en suis sûr, plus de largeur que la longueur du navire.
Ce rocher présente une singularité qui mérite d’être remarquée : c’est une anfractuosité bizarre, une espèce de longue caverne à ciel ouvert allant de la base au sommet. Cet écartement des rocs, qui divise à peu près cette île en deux, a dû être produit dans un jour de grand bouleversement, dans une secousse volcanique par exemple.
Ces crevasses sont remplies de nids de salanganes ou d’hirondelles de mer ; c’est là où l’on trouve les plus estimés de tout l’océan Indien, ce sont ces nids faits avec des mucosités gluantes et salines provenant de frai de poissons que l’on exporte en Chine, et déjà beaucoup en Europe où nos fins gastronomes les recherchent avec avidité.
Arrivés en face du pénitencier — que nous apercevons au pied de la montagne, au milieu des arbres — nous avons tiré un coup de canon pour signaler et prendre les lettres pour Saïgon. Après une heure d’attente, nous voyons une barque s’avancer vers nous ; elle était montée par un chirurgien, un capitaine et deux lieutenants d’infanterie de Marine. Ces officiers ont conféré un instant avec le commandant du bord et notre lieutenant-colonel, puis le vaisseau a continué sa route.
Le 3 mai donc, vers 2 heures de l’après-midi, nous apercevons Poulo-Condore, groupe d’îles boisées presque partout et d’une altitude assez élevée. Ces îles sont les premières terres que nous possédions en Cochinchine. La plus grande forme une espèce de fer à cheval ; au fond de ce demi-cercle ou de cette baie naturelle, on a bâti un pénitencier où l’on expédie tous les malfaiteurs de la Colonie. Ce pénitencier est gardé par une compagnie d’infanterie de marine. Ce poste est un peu isolé, un peu loin de Saïgon, car la distance qui sépare cette ville de Poulo-Condore est bien encore de 50 à 60 lieues, mais c’est un poste où le soldat cependant se trouve à merveille.
Pour arriver dans cette baie, nous sommes passés entre la grande île et un énorme rocher. Il fallait un hardi marin comme le commandant Letourneur pour oser franchir ce passage, car les deux rives sont tellement rapprochées en cet endroit que l’on apercevait parfaitement messieurs les singes faire leurs évolutions sur les arbres du rivage ; en effet, la mer n’a pas là, j’en suis sûr, plus de largeur que la longueur du navire.
Ce rocher présente une singularité qui mérite d’être remarquée : c’est une anfractuosité bizarre, une espèce de longue caverne à ciel ouvert allant de la base au sommet. Cet écartement des rocs, qui divise à peu près cette île en deux, a dû être produit dans un jour de grand bouleversement, dans une secousse volcanique par exemple.
Ces crevasses sont remplies de nids de salanganes ou d’hirondelles de mer ; c’est là où l’on trouve les plus estimés de tout l’océan Indien, ce sont ces nids faits avec des mucosités gluantes et salines provenant de frai de poissons que l’on exporte en Chine, et déjà beaucoup en Europe où nos fins gastronomes les recherchent avec avidité.
Arrivés en face du pénitencier — que nous apercevons au pied de la montagne, au milieu des arbres — nous avons tiré un coup de canon pour signaler et prendre les lettres pour Saïgon. Après une heure d’attente, nous voyons une barque s’avancer vers nous ; elle était montée par un chirurgien, un capitaine et deux lieutenants d’infanterie de Marine. Ces officiers ont conféré un instant avec le commandant du bord et notre lieutenant-colonel, puis le vaisseau a continué sa route.

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