(101) Les Annamites (suite). Femmes annamites.
Maintenant que nous avons vu le chef de la famille, examinons la mère et la fille.
La première, quoiqu’encore peu âgée, est sèche, couverte de rides, plate comme une planche et nue jusqu’à la ceinture ; car c’est l’habitude des vieilles femmes chez elles. Quand elle va quelque part, si elle est riche, elle porte une chemise de soie noire à manches deux fois longues comme le bras, et sur la tête un chapeau à larges bords d’une forme plate et très pittoresque. À ce chapeau, fait de belles feuilles de bananier reliées entre elles par de fines attaches de bambou, sont suspendus de chaque côté deux cordons qui, se réunissant sur la poitrine, descendent jusqu’au bas du vêtement et s’y terminent par deux beaux glands de soie.
Quant à la jeune fille, elle a la beauté du diable comme toutes celles de son âge. Elle serait assez attrayante si elle était bien débarbouillée et avait les dents blanches, mais continuellement elle mâche le bétel qui les lui déchausse, les brûle, rougit ses lèvres et y laisse une croûte noire qui ne sent guère bon, surtout quand elle rejette le jus de bétel qu’elle a chiqué. Cette habitude de mâcher le bétel est tellement en honneur qu’une jeune fille n’est vraiment belle pour les indigènes que lorsqu’elle a les lèvres d’un beau rouge écarlate et les dents noires comme de l’encre de Chine ; elle est tellement en honneur que le jour d’une noce ou d’une cérémonie quelconque, on donne toujours en cadeau ou on met en évidence une riche boîte à bétel, comme chez nous on met un pot à tabac ou des cigares sur la table.
Quoiqu’ayant de longs cheveux noirs comme du jais, pareille à nos coquettes de France, la jeune fille annamite en ajoute d’autres pour paraître en avoir davantage. De tous réunis elle en fait deux parts, noue l’une sur le côté de la tête et forme un chignon de l’autre. La femme annamite tient singulièrement à sa chevelure, c’est du reste ce qu’elle a de plus beau et ce qu’elle soigne le plus, car presque toujours elle a tant de crasse sur le corps qu’il vous répugne de la toucher.
Folles de la parure, toutes ont des colliers en or ou en argent, elles portent des bagues et des boucles d’oreille ayant la forme de pointes. J’ai même vu certaines femmes qui portaient constamment trois ou quatre bracelets à chaque bras. L’ambre aussi est très en faveur auprès d’elles, presque toutes en ont des colliers à gros grains qui font plusieurs fois le tour du cou et retombent en chapelet sur leur sein. C’est vous dire qu’elles mettent tout leur avoir en bijoux.
Pour vêtement, elles aiment les étoffes de couleur voyante, ainsi elles seront habillées tout de blanc ou porteront une chemise de soie bleue avec un pantalon rouge, ou bien encore une chemise blanche sur un pantalon bleu. Elles portent aussi des robes noires à fleurs, mais bien moins souvent.
Sur la tête, elles ont quelquefois (à la place du large chapeau de cérémonie) un petit crépon bleu noué négligemment au-dessus du front.
La forme de leur vêtement est absolument la même que celle des hommes, aussi, lorsque l’on débarque pour la première fois dans ce pays, on est quelque temps sans pouvoir faire la distinction d’un homme d’avec une femme, et il arrive souvent que cette ressemblance donne lieu à des méprises fort amusantes.
Les femmes qui ne vont pas nu pieds chaussent de petites sandales en cuir verni, pointues et recourbées à leur extrémité. Celles qui sont avec les Européens portent aussi de petits souliers à la française, comme en ont les Chinoises. Ainsi vêtue, toutes les formes de son corps, du reste admirablement modelé, se dessinent nettement sous l’enveloppe de soie qui les cache ; aussi la femme annamite, malgré sa maudite habitude de chiquer le bétel, est-elle encore assez séduisante. Toutes sont d’ailleurs généralement bien constituées, et parmi elles ont ne rencontre pas de bossues, de boiteuses et d’infirmes comme chez nous.
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