(071) Un soldat en congé renouvelable.
Pour obtenir ce privilège, les formalités sont quelquefois longues et ennuyeuses, j’en sais bien quelque chose ; mais lorsqu’après avoir tenu bon, on se sent libre de se loger où l’on veut et de se vêtir à sa fantaisie, lorsque de malheureux soldat on devient à peu près son maître avec des appointements raisonnables, on se sent vivre dans un autre élément, et on oublie vite les désagréments que l’on a pu rencontrer pour se féliciter soi-même d’avoir eu une si bonne idée.
Les employés de la Colonie, et il y en a des centaines, sont tous ainsi recrutés dans les rangs de l’armée. Il n’y a de civils que ceux qui restent après leur temps fini, que quelques employés de commerce venus d’Europe tout exprès. Si donc on n’avait pas l’armée sous la main, comme les Européens ne se pressent pas vite de venir dans ce pays-ci, faute de sujets on serait obligé de demander des employés en France ; et ces employés, il faudrait nécessairement les payer plus cher que nous.
Il y a donc tout profit pour l’État à nous mettre en congé renouvelable, et il y a profit surtout pour les marchands de la Colonie, car quels sont ceux qui achètent ? N’est ce pas nous qui sortons du régiment, ayant besoin de tout ? Demandez plutôt aux Chinois s’ils ne sont pas contents de cet état de chose ; ils vendent bon marché, sont très arrangeants, aussi vendent-ils beaucoup et toutes leurs maisons prospèrent. Consultez les livres de compte des négociants français et vous verrez qu’ils sont remplis de noms d’employés.
Maintenant que j’ai déjà arpenté la ville dans tous les sens, parlons-en un peu.
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