(058) Départ. Un orage effrayant. (20 avril)

À 6 heures du matin, nous nous éloignons de cette île fortunée que je ne puis que regarder longtemps encore. Quand je ne l’aperçois plus je la vois encore dans ma pensée, et il faut que la nuit et le sommeil qu’elle apporte avec elle arrivent pour m’arracher peu à peu à mes vives impressions.
Après avoir respiré le frais du soir et avoir admiré la sérénité du ciel, je m’étais couché sans aucune crainte sur le pont et je rêvais encore à cette heureuse terre que je n’avais fait qu’entrevoir, quand un grain d’une intensité effrayante est venu fondre sur nous et nous a forcé à prendre la poudre d’escampette. Ces sortes d’averses sont des plus fréquentes dans ces parages. On aperçoit d’abord un gros nuage à l’horizon, puis ce nuage noircit et s’approche ; alors un grand vent s’élève et est le présage de ce qui va se passer bientôt, la température, de bouillante qu’elle était, devient excessivement fraîche, le tonnerre gronde sans attendre l’éclair, le flot se soulève et moutonne, puis, lorsque tout est prêt pour la débâcle, le ciel s’ouvre et il pleut à torrents, et les gouttes de pluie larges comme la main frappent comme des balles, nous inondent du premier coup et ont bientôt fait place nette sur le pont d’un navire.
Ce grain là nous a fait descendre dans les batteries. Nous y étions à couvert et voilà tout, car il y avait autant d’eau sur le parquet qu’en haut. L’eau était venue par les sabords, par les escaliers que l’on n’avait pas eu la précaution de recouvrir de toiles dès le premier instant.
Quand tout a été fini, c’est-à-dire après être restés debout six heures durant, je suis descendu avec vingt hommes pour vider la cave où il n’y avait pas moins de 30 centimètres d’eau. On a fait usage de toutes les pompes, de sorte qu’il n’y a pas eu moyen de fermer l’œil un seul instant.

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