(103) Les Malabars.
Parlons maintenant de ces Noirs venus de l’Inde que l’on appelle des Malabars. Ce sont des hommes de haute taille, bien faits, des hommes vigoureux et agiles ; leur figure offre un type plein de finesse et d’intelligence et aussi quelquefois de méchanceté qui — sauf la couleur bien entendu — ressemble beaucoup à celui des Italiens. La plupart, adorateurs de Siva, portent sur le milieu du front le point blanc qui indique leur religion. Leur tête est rasée sur le devant ; par derrière ils laissent croître leurs cheveux, les laissent flotter sur les épaules ou les raccourcissent en les nouant négligemment. Généralement ils vont tête nue, quand ils se couvrent le chef, c’est avec un morceau d’étoffe qu’ils enroulent à la mode des Arabes, avec un bonnet rouge ou avec toute autre coiffure qui leur tombe sous la main ; ils n’y regardent pas de si près.
Tous ces Noirs, que l’on prendrait volontiers pour des sauvages échappés de leurs forêts, n’ont presque toujours pour tout vêtement qu’un lambeau de cotonnade attaché autour des reins qui cache à peu près ce qu’il ne faut pas voir. Fait-il froid le matin, on les voit alors se draper dans une pièce d’étoffe rouge à carreaux ou de mousseline blanche bordée d’une couleur voyante.
Leurs femmes sont un peu plus habillées ; elles portent un espèce de jupon sans couture et une écharpe de coton verte, jaune ou rouge en sautoir par-dessus les reins. Ne se donnant presqu’aucun mouvement et restant accroupies dans leur méchant galetas toute la journée, elles deviennent grasses et replètes. Plus passionnées encore que les Annamites pour tout ce qui est parure, elles se mettent de l’or et de l’argent partout ; leurs doigts, leurs bras, leur cou, leurs oreilles, leurs jambes en sont couverts. En outre, elles se parent les narines et y passent des bagues à pierres brillantes ou des anneaux d’or.
Ainsi chargée de bijoux, la femme malabar, noire comme le bronze antique, ressemble beaucoup aux divinités indiennes qu’on retrouve dans les pagodes ; on voit que ces statues ont été copiées sur ces types-là. Baragouinant une langue très difficile à apprendre pour les Européens, elles n’essaient pas d’apprendre la nôtre, ne sortent guère de chez elles et ne fréquentent que les gens de leur race. Comme les femmes chinoises elles sont très peu nombreuses, et sont laides presque toutes malgré tous les bijoux dont elles s’ornent.
La moitié des Malabars sont employés comme plantons ou gardiens dans les administrations de la Colonie, parce qu’ils sont reconnus comme polis et fidèles. Les autres sont presque tous mercantiers, charretiers ou cochers de fiacre car ici — vous ne vous en seriez pas douté — si loin de l’Europe, nous avons pourtant une Compagnie des Petites Voitures qui n’a rien à envier à celles de nos grandes villes de France. Les véhicules et les chevaux appartiennent également aux Indiens les plus riches de Saïgon, et rendent de très grands services dans ce pays où la chaleur empêche d’aller à pied.

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