(013) Même temps. Fausse route. Les côtes de Grèce. (24 février)


Quoique tout le monde soit fatigué et debout depuis longtemps c’est à qui restera dans la batterie, car on sait à peu près ce qui attend chacun sur le pont. Néanmoins, comme il s’agit de prendre le café et l’eau de vie, quelques-uns se risquent. Je fais comme ceux-là, mais je vois bientôt qu’il est non seulement impossible de se tenir debout, mais même accroupi, et qu’on ne peut ni avoir un livre ni une plume à la main. Les lames, soulevées par un vent d’une intensité effrayante, prennent plaisir à vous fouetter le visage. Le grain du 22 est devenu tempête.
Vers midi, en même temps que plusieurs navires, on signale une terre à bâbord ; c’est peut-être l’île de Candie où nous devrions déjà être depuis longtemps. Mais non, car à la chute du jour, en nous rapprochant du point signalé, nous découvrons beaucoup d’îles autour de nous. Ces îles sont les îles Ioniennes, et les côtes que nous apercevons derrière nous sont les côtes de Grèce.
Deux heures durant le commandant reste sur la dunette, braquant sa longue vue dans toutes les directions pour savoir devant quel point de la Grèce il se trouve. C’est difficile, car la pluie tombe à verse et la nuit est obscure. S’apercevant enfin que nous sommes presque en vue de la ville de Navarin, il rage de se voir rejeté si loin de sa route et ne veut entendre aucune parole.
Après de longues observations nous nous avançons vers un phare, mais la côte, paraissant déserte et bordée de rochers, ne peut être que dangereuse pour relâcher. Le mouillage étant donc reconnu mauvais, le commandant, dont la première idée avait été de s’arrêter pour réparer sa machine et attendre un meilleur temps, ordonne de virer de bord et de reprendre le large.
Ainsi donc, nous étions loin de notre route ; en partant de Messine, nous avions tourné trop tôt dans l’Adriatique et les vents contraires n’avaient fait que de nous éloigner de Candie de plus en plus.

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