(009) Messine.
Du côté de Messine, j’aperçois ses faubourgs dominés par des coteaux excessivement pittoresques, couverts de vignes en échalas, de figuiers et d’orangers et peuplés de maisons de plaisance qui se cachent coquettement au fond de ces nids de verdure. J’aperçois Messine elle-même, bâtie en amphithéâtre tout le long du rivage, et la mature des vaisseaux au mouillage dans son port. Je pensais comme tout le monde qu’on filerait tout droit sans s’arrêter quand pourtant, vers 6 heures, nous nous avançons vers les bassins et nous jetons l’ancre à l’entrée pour faire du charbon.
Ce port, qui n’est ni grand ni beau, est néanmoins très animé et fait un commerce assez important à cause de sa position éminemment favorable à l’entrée du détroit. Comme nous ne pouvons descendre à terre, nous sommes réduits à n’avoir de la ville qu’un aperçu à vol d’oiseau. À l’entrée et sur les hauteurs, je remarque un grand nombre de couvents, trois ou quatre petits forts et les ruines imposantes de celui qui s’élevait à mi-côte au-dessus de la ville et que l’on a laissé tel depuis sa destruction par Garibaldi. Le quai seul se montre à nous dans toute son étendue et toute sa beauté, car il est long et curieux. Les maisons à arcades et à volets verts paraissent d’une hauteur uniforme, toutes à toitures plates et élevées d’après le même style.
Aussitôt à l’ancre, le navire est entouré par une foule de petits marchands qui viennent nous offrir des cigares et des fruits à très bon marché. Parmi eux se trouvent des vendeurs de madones, des familles de mendiants qui louent une barque pour venir nous montrer leur misère insouciante. À la chute du jour, ces pauvres gens font place à des joueurs de harpe et de mandoline qui, en nous donnant leurs sérénades, prennent les poses les plus angéliques pour délier plus facilement notre bourse.
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