(022) Les femmes égyptiennes.

Les hommes seuls travaillent devant le public, car les femmes, elles, restent accroupies dans l’arrière-boutique et derrière les volets de leurs fenêtres. Quand elles sortent, elles ont la tête couverte d’un long voile qui forme un espèce de masque, car on n’a ménagé que la place de la bouche et des yeux pour que la personne puisse respirer et se conduire. Toutes ont pour chaussures de larges babouches en cuir jaune ou rouge verni. Cet espèce de domino qui les fait ressembler à des femmes masquées est très ample, d’étoffe douce au toucher et presque transparente ; les unes le portent blanc, les autres noir, c’est cette dernière couleur que j’ai le plus souvent remarquée. Le noir et le blanc sont du reste les deux seules couleurs adoptées par les odalisques et les femmes riches, allez où vous voudrez dans Alexandrie, vous n’en verrez jamais d’autres.
Quand pour la première fois vous rencontrez dans la rue ces dames, habillées de blanc surtout, et qu’à travers leur voile vous distinguez de grands yeux noirs qui brillent comme des escarboucles et sont presque toujours beaux, vous les prendriez pour des sœurs de charité, ou plutôt pour des âmes en peine enveloppées dans leur linceul. Toutes celles que j’ai vues sous voile n’avaient que les yeux de beaux, elles étaient tatouées sur le front et le menton et n’inspiraient que de la répugnance. Toutes aiment la parure et croient s’embellir les mains en teignant en rouge l’intérieur et les ongles. Toutes, même les moins riches, portent des colliers, des bagues et des bracelets. J’en ai même vu, c’étaient sans doute des Éthiopiennes, qui avaient aux narines et aux lèvres quantité de boucles d’or suspendues.

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