(054) Souvenir de la patrie absente.

En contemplant ce pays si nouveau pour moi, ce pays du plus verdoyant aspect et couvert d’une végétation si luxuriante, je me reprends à rêver à ma chère France, qui elle aussi est si favorisée de ce côté-là !
Je la vois avec son doux climat, avec les quatre saisons qui viennent la fertiliser à tour de rôle, chacune à sa manière, j’admire ses champs plantureux, ses prairies couvertes de gras bétail, ses moissons dorées, ses vignobles, je savoure cette variété infinie d’excellent fruits que je ne vais sans doute pas retrouver en Cochinchine. Là, il ne fait ni trop chaud ni trop froid, la pluie n’y tombe qu’avec mesure et le soleil n’y brille que pour être bienfaisant. Déjà loin de ces rives bien aimées, je m’arrête à leur souvenir avec amour pour les placer autant que possible au-dessus des contrées que je rencontre.
Mais aujourd’hui j’ai beau faire, car l’impression que je ressens en admirant les verdures de Ceylan me dit qu’il peut y avoir des pays aussi productifs et aussi beaux que celui que j’ai quitté. En disant que ce pays est le plus riche que j’ai vu jusqu’à présent, je ne ferai donc que dire la vérité. On dit ordinairement qu’un voyageur émerveillé par un spectacle féerique qu’il voit pour la première fois peut tomber dans l’exagération en le dépeignant sous de trop riches couleurs. Cela arrive certainement quelques fois, mais j’ai examiné trop attentivement le coin de pays qui m’entoure pour que l’on ne puisse en dire autant de moi, pour que l’on ne puisse me taxer d’exagération.

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