(005) Le premier ennui. Un noyé. (19 février)
Aussitôt monté sur
le gaillard, ma promenade favorite de tous les matins, j’aperçois de nouveau à
gauche les côtes montagneuses de l’Italie, puis à perte de vue le Vésuve, d’où
s’échappe une épaisse colonne de fumée ; mais le soleil, qui sort des
ondes comme d’un foyer de lumière, offusque bientôt tout de ses éblouissants
rayons. Pendant deux ou trois heures tout disparaît dans ce nuage lumineux,
nous n’avons plus devant nous que cette mer immense, grandiose c’est vrai, mais
bien triste et bien monotone pour celui qui est fatigué par le voyage.
Si encore on avait des distractions comme à terre, mais non ; puis celles qu’on a sont bien peu amusantes : nous pouvons causer, nous pouvons lire, et voilà tout. Les cartes on les a défendues, les dominos aussi, de sorte qu’il a fallu s’ingénier à tuer le temps d’une autre manière. Quelques amateurs de chansons se sont réunis sur la dunette, mais par malheur un missionnaire trop zélé est venu se joindre à la troupe, de sorte qu’aussitôt les chants grivois ont fait place à des cantiques et à une morale évangélique dont la réunion se serait bien passée.
Une heure après, comme nous étions en train d’écraser notre biscuit à coups de maillet, on entend crier : « Un homme à la mer ! » Aussitôt tout le monde d’abandonner la gamelle et de se hisser sur les bastingages. Les canots sont mis à la mer et le bâtiment s’arrête. On jette des bouées de distance en distance et, après avoir stoppé deux heures durant pour retrouver aucun vestige du malheureux, le navire a continué sa route ; c’est alors que, chaque chef d’escouade ayant compté ses hommes, il s’est trouvé que le noyé était un clairon, un bon Alsacien de notre compagnie que le mal de mer avait fait déraisonner depuis quelques jours. Chacun a commencé à faire ses commentaires sur cet accident, et tout le monde s’est couché sous la pénible impression qu’il a produite.
Si encore on avait des distractions comme à terre, mais non ; puis celles qu’on a sont bien peu amusantes : nous pouvons causer, nous pouvons lire, et voilà tout. Les cartes on les a défendues, les dominos aussi, de sorte qu’il a fallu s’ingénier à tuer le temps d’une autre manière. Quelques amateurs de chansons se sont réunis sur la dunette, mais par malheur un missionnaire trop zélé est venu se joindre à la troupe, de sorte qu’aussitôt les chants grivois ont fait place à des cantiques et à une morale évangélique dont la réunion se serait bien passée.
Une heure après, comme nous étions en train d’écraser notre biscuit à coups de maillet, on entend crier : « Un homme à la mer ! » Aussitôt tout le monde d’abandonner la gamelle et de se hisser sur les bastingages. Les canots sont mis à la mer et le bâtiment s’arrête. On jette des bouées de distance en distance et, après avoir stoppé deux heures durant pour retrouver aucun vestige du malheureux, le navire a continué sa route ; c’est alors que, chaque chef d’escouade ayant compté ses hommes, il s’est trouvé que le noyé était un clairon, un bon Alsacien de notre compagnie que le mal de mer avait fait déraisonner depuis quelques jours. Chacun a commencé à faire ses commentaires sur cet accident, et tout le monde s’est couché sous la pénible impression qu’il a produite.
Procès-Verbal de Disparition
Ce jourd’hui dix-neuf du mois de février l’an mil huit cent soixante-huit à 4h45 du soir étant à la mer par 11° 59’ de longitude Est et 39° 58’ de latitude Nord, pardevant nous Charles Louis Joseph Jolidon, aide-commissaire de la Marine, officier d’administration, ont comparu M. M. Convents Sosthènes, Alexandre, aide-commissaire de la Marine et Salats, Jules Marie, enseigne de vaisseau, lesquels nous ont déclaré que le nommé Ochs, Georges, fils de Andrée et de Catherine Thomas, âgé de 29 ans, né à Sainte-Marie-aux-Mines, arrondissement dudit département du Haut-Rhin, domicilié avant son embarquement à L’Arbresles, arrondissement dudit département du Rhône, inscrit sur le rôle d’équipage, en qualité de passager, comme soldat, appartenant à la 20e Compagnie du 4e Régiment d’Infanterie de Marine, immatriculé sous le N° 14 506, avait disparu dans les circonstances suivantes :À 4h45 étant en vue de Capri et d’Ischia a très grande distance, ayant le Cap au S. 25° E. et relevant un navire à voiles dans le N. 25° O. à 5 milles environ, le nommé Ochs, Georges, soldat au 4e Régiment d’Infanterie de Marine, tomba à la mer. Stoppé immédiatement, marché en arrière à toute vitesse, mit toute la barre d’un bord, cargué les goélettes, halé bas les focs, coupé l’amarrage des bouées, amené deux baleinières, fait plusieurs grands cercles avec le bâtiment autour des bouées et à diverses distances d’elles ; malgré toutes les recherches qui se prolongent pendant plus d’une heure, l’homme ne peut être retrouvé. À six heures, ayant perdu tout espoir de le retrouver, on met en marche.
Et pour constater l’événement dont il s’agit, nous avons dressé sur le rôle d’équipage, à la suite des actes de l’État Civil, le présent procès-verbal qui a été signé par les sieurs Convents et Salats, témoins de l’événement, et par nous, après leur en avoir donné lecture.
À bord, les jours, mois et an que dessus.
L’officier d’administration
Les témoins

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