(004) Le mal de mer. (18 février)
À la pointe du jour nous passons à côté de l’île d’Elbe et de Caprera, puis à droite, sur la même ligne que la Corse que nous verrons longtemps encore, nous apercevons le rocher aride de Monte Cristo, qui doit toute sa célébrité au roman d’Alexandre Dumas. À droite nous ne devons pas être très loin des côtes d’Italie, car elles commencent à se dérouler sous nos yeux.
À notre réveil ce matin il faisait excessivement froid,
maintenant la température est devenue chaude, mais ça n’empêche pas la plupart
des passagers de ressentir le mal de mer. Vraiment c’est quelque chose de bien
peu agréable à voir, mais quand on n’a jamais assisté à une pareille scène on
trouve ce spectacle assez drôle et on rit malgré soi, quoique l’on ait
certainement l’intuition du bouleversement qu’il opère. En ce moment-là on a
presque honte de se dire malade et, sans faire semblant de rien, on cherche un
coin quelconque ou on court s’appuyer sur les bastingages.
Un pauvre diable se sent pris en mangeant et lance tout
par-dessus l’épaule de son voisin, quand il n’en met pas la moitié dans la
gamelle. Celui-là, plus souffrant, s’affaisse dans un coin et ne veut prendre
aucune nourriture ; j’en ai vu même qui n’ont plus osé s’aventurer sur le
pont de toute la traversée. Quand la débâcle est finie, chacun se met à l’œuvre
pour débarrasser le plancher de tous ces cataplasmes, sans quoi, le soir venu,
je ne sais pas où on pourrait s’étendre.
Pour moi, je me suis bien conduit encore ce jour-là :
je n’ai eu que l’estomac chargé et la tête lourde ; comme tout le monde
aussi j’avais les pâles couleurs, ce qui n’est pas surprenant quand on ne dort
pas et qu’on est exténué par le roulis.
Vers midi un vapeur des Messageries Fraissinet de Marseille passe à côté de nous et
amène son pavillon ; c’est le premier vaisseau français que nous ayons
rencontré jusqu’à présent. Le reste de la journée s’écoule, assez monotone. À 7 heures
je vais me coucher dans la batterie à côté des bœufs et des moutons ; là,
je suis plus à mon aise et j’ai plus chaud que sur le pont.
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