(090) La ville chinoise. (Cholon)
La ville que les Chinois ont adoptée de préférence pour célébrer leurs fêtes de religion et centraliser leur commerce est la ville de Cholon, dont je n’ai dit que quelques mots jusqu’à présent.
Cette ville est située à 6 kilomètres de Saïgon. C’est l’endroit le plus populeux de toute la Cochinchine car il y a bien dit-on 100 000 habitants, chiffre énorme et qui augmente tous les jours. Vous n’y voyez que des Chinois, il n’y a de Français que ceux qui sont employés pour le compte du gouvernement, et d’Annamites qu’un petit nombre d’ouvriers et de domestiques. La ville est très étendue, très ancienne, mal percée et bâtie en briques, et presque toutes ses maisons sont à un ou deux étages.
Elle est coupée en tous sens par une infinité de canaux qui se détachent de l’arroyo à l’entrée de la ville. Ces canaux sont couverts de jonques de mer et de grandes barques de rivière qui arrivent ou des villes du littoral de la Chine, ou de l’intérieur de la colonie et du Cambodge. Ces bateaux sont munis de voiles en paille tressée, conduits par quinze à vingt rameurs et armés les uns de canons, les autres de lances et de fusils.
Vous n’apercevez partout qu’une forêt de mâtures légères et une activité incroyable, aussi l’aspect du quai est-il très intéressant. On décharge cette jonque-ci, on met à flot ou on répare celle-là, les coolies, les ouvriers se croisent en tous sens. Si les bateaux étaient un peu plus forts, on se croirait positivement sur les quais de la Joliette à Marseille.
Au-dessus de tous ces bras de l’arroyo, on a jeté une foule de ponts dont plusieurs en fer sont très remarquables par leur hardiesse et leur légèreté, et sont d’une courbure telle que des barques matées peuvent aisément passer dessous. En comptant les vieux ponts de bois et ceux dont je viens de parler, il y en a bien une vingtaine répandus.
La physionomie des rues est assez sombre parce que toutes les maisons sont noircies par le temps, irrégulières et construites à la chinoise, c’est-à-dire avec des toits qui descendent très bas pour former véranda et rendent les appartements assez obscurs.
Cela n’empêche pas le commerce d’aller son train, car de tous côtés vous ne voyez que marchands de comestibles, épiciers, pâtissiers, boutiques de chinoiseries, maisons de thé, maisons de jeux, forgerons et menuisiers, et sur les quais, dont j’ai déjà dit quelques mots, vous ne trouvez que des maisons de négociants où se produit un va-et-vient continuel causé par le transport des marchandises du bateau au magasin et réciproquement. L’intérieur de toutes ces maisons riches et confortables est tenu avec la plus grande propreté et un certain luxe. Quant au commerce, celui qui se fait le plus dans cette ville est celui du riz, de la soie, du coton, de l’indigo, du tabac, de l’opium, du thé, du sel, du poisson salé, du nuoc-mâm, du bois, de la poterie, de l’ivoire, des nattes, des peaux de tigres et de buffles. Cette longue énumération suffit, je crois, pour montrer l’importance que les Chinois ont su donner à cette localité.
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